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Comprendre l’incidence de la COVID-19 sur la santé des océans

Le 16/10/20 à 13h36
  • Les océans représentent environ 71 % de la surface terrestre
  • Environ 97 % de toute l’eau de la planète se trouve dans les océans
  • L’écosystème océanique fournit plus de 90 % de l’espace habitable sur Terre
  • 50 % de l’oxygène sur Terre est généré par les océans
  • Les océans absorbent environ 33 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone

Un milieu marin sain est essentiel à la santé de la planète et de ses habitants. À l’heure actuelle, seulement 2 % à 6 % de nos océans sont classés comme des aires marines protégées (AMP), et on estime qu’il faut en protéger 30 % pour assurer un écosystème océanique florissant. En plus des avantages sociaux et environnementaux, les océans génèrent chaque année une valeur économique d’environ 2 500 milliards de dollars.

Emma Lupton
Emma Lupton, Associée principale

Les océans en crise

L’activité humaine a eu un effet considérable sur nos océans et ceux-ci n’ont pas reçu la protection nécessaire en vue d’un avenir durable pour notre planète. Les changements climatiques ont des répercussions considérables – nous voyons l’acidification des océans causer des dommages à la biodiversité en raison de l’absorption de niveaux plus élevés de CO2, et constatons la fonte des calottes glaciaires ainsi que l’élévation du niveau de la mer.

Une proportion de 37 % des gens vit dans des collectivités côtières, et est particulièrement vulnérable à ces répercussions. Le manque de protection a fait en sorte que la pollution des océans s’est accélérée sans relâche, avec des problèmes de déchets de plastique, d’écoulement de pesticides et de nutriments, de fuites et de déversements de produits chimiques ou pétroliers – tous étant des facteurs ayant un impact important sur le milieu marin.

L’année 2020 devait être une année de progrès importants pour les océans, grâce à des activités telles que la mise en œuvre de réglementations clés, la Conférence des Nations Unies sur les océans de 2020 et la COP26. En raison de la pandémie de COVID-19, les priorités ont changé et la façon dont bon nombre d’entre nous mènent leurs activités a complètement été modifiée. Certaines réglementations ont été retardées et la COP26 a été reportée à 2021.

Cependant, des efforts sont déployés pour retrouver le rythme perdu, et certaines conférences et ressources sont visibles en ligne, ce qui les rend accessibles à un public plus large, comme les Dialogues virtuels sur l’océan du Forum économique mondial (FEM).

Nous allons nous concentrer ici sur le problème du plastique, l’économie circulaire et les répercussions de la COVID-19. Nous constatons une augmentation de la quantité de déchets générés et des perturbations dans la fonctionnalité opérationnelle du secteur de la gestion des déchets.

Emballage des produits – un retour au plastique

Alors que certains consommateurs se dirigeaient vers des modèles d’achat qui exigeaient une moins grande dépendance à l’égard du plastique à usage unique, cette tendance s’est maintenant inversée, et les gens achètent actuellement de nouveau davantage de produits en plastique à usage unique. La Food Standards Agency et l’Organisation mondiale de la santé ont déclaré qu’il est « très improbable » que les gens puissent attraper la COVID-19 par la nourriture et qu’il n’y a eu aucun cas confirmé de transmission par l’intermédiaire d’aliments ou d’emballages alimentaires. Cependant, il est compréhensible que les consommateurs s’inquiètent, et ils préfèrent acheter des aliments emballés dans du plastique plutôt que des articles en vrac pour le moment. Une partie du changement est attribuable à la fermeture des comptoirs de produits frais, où les consommateurs pouvaient souvent apporter leurs propres contenants; ils achètent maintenant de nouveau des aliments préemballés. Par exemple, les ventes de poissons panés ou enrobés de pâte à frire préemballés ont augmenté d’environ 54 % et les ventes de bacon, saucisses, viandes cuites et fromage en vrac ont considérablement diminué par rapport aux options préemballées en avril 2020 par rapport à la même période en 2019.

Un autre facteur est le plastique à usage unique dans la catégorie « sur le pouce », où les consommateurs se servaient de plus en plus de tasses et de bouteilles réutilisables qu’ils apportaient dans les cafés. Bien que la fermeture de nombreux cafés et la prédominance du travail à domicile aient réduit la demande globale dans ce secteur, tandis que les mesures de confinement s’allègent, la plupart des cafés n’accepteront plus l’usage de tasses réutilisables pour des raisons de sécurité.

Par conséquent, il est probable qu’il y ait de nouveau un pic de production de déchets dans ce secteur, mais nous espérons qu’il sera de courte durée.

La suspension momentanée de certaines lois vient s’ajouter aux défis. Par exemple, la réglementation britannique interdisant les pailles, agitateurs, écouteurs en plastique et autres articles à usage unique devait entrer en vigueur en avril 2020, mais elle a été reportée. Cette décision est attribuable au ralentissement et à la perturbation des chaînes d’approvisionnement liées aux solutions de rechange et vise à réduire la pression sur les entreprises qui sont déjà en difficulté. Les frais relatifs aux sacs de transport en plastique ont également été suspendus dans certains points de vente pendant cette période.

Même si ces tendances négatives pourraient se maintenir pendant quelques mois, nous prévoyons qu’elles finiront par s’inverser, car les consommateurs veulent voir des changements importants dans ce domaine et les entreprises réagissent déjà. Nous espérons que la situation actuelle favorisera l’innovation en matière de matériaux d’emballage en vue de répondre aux préoccupations des consommateurs pour ce qui est de la sécurité et de la volonté d’utiliser moins de plastique. Nous continuerons à suivre cette question de près et à nous mobiliser lorsque cela s’avèrera opportun pour nous assurer de maintenir les progrès qui étaient accomplis.

Équipement de protection individuelle (ÉPI)

L’utilisation de l’ÉPI est primordiale pour la protection du personnel médical et des autres travailleurs essentiels.

Il est fabriqué en grande partie avec du plastique à usage unique ou ses composantes le sont, et, au stade de l’élimination, il est généralement contaminé et ne peut donc pas être recyclé. L’utilisation et l’élimination des gants de latex et des masques ont également augmenté dans le monde entier, et nous voyons des photos de ces produits qui se retrouvent maintenant dans le milieu marin.

À l’heure actuelle, les déchets découlant de cette utilisation essentielle du plastique sont inévitables. Toutefois, nous pensons qu’à l’avenir, les entreprises du secteur médical et les fournisseurs de ce type d’équipement pourront innover à l’étape de la conception, afin de réfléchir de plus en plus à ce qui arrive au produit à la fin de son cycle de vie. Nous croyons qu’il s’agit pour ces entreprises d’une occasion qui aurait un impact positif important pour l’avenir.

Recyclage – perturbation de l’économie circulaire

Dans une économie circulaire, un flux fiable d’intrants recyclés est nécessaire dans le cadre d’une chaîne d’approvisionnement intégrée.

La pandémie de COVID-19 a perturbé ce système et a affecté la quantité de matières recyclées dans les chaînes d’approvisionnement, y compris le papier, l’aluminium et le plastique. Des questions intéressantes sont maintenant soulevées quant à savoir si les processus pourraient être automatisés ou remaniés afin d’éviter des perturbations à l’avenir.

Les systèmes de collecte et de recyclage ont été perturbés. Dans le cadre du confinement au Royaume-Uni, par exemple, 46 % de tous les services de gestion des déchets des autorités locales ont été interrompus ou réduits, car la sécurité des travailleurs est bien entendu primordiale dans ces industries de services publics19. Les consommateurs se sont donc remis, dans une plus grande proportion, à jeter leurs déchets dans les bacs traditionnels, plutôt qu’à les recycler. Les gens passent aussi beaucoup plus de temps à la maison, l’élimination des déchets a donc été concentrée dans les zones résidentielles plutôt que répartie comme avant pendant les déplacements ou dans les bureaux, ce qui vient s’ajouter aux défis.

Les perturbations touchant la collecte et le traitement des matières recyclables menacent l’approvisionnement en produits renouvelables qui retournent dans les chaînes d’approvisionnement. En moyenne, 9 % des plastiques sont recyclés – un pourcentage nettement inférieur à celui des autres matières comme l’aluminium (64 % étant la moyenne du secteur). De nombreuses entreprises ont établi des cibles pour augmenter la quantité de contenu recyclé dans leurs emballages, et le fait que les intrants recyclés n’intègrent pas le cycle dans la même mesure pourrait retarder la concrétisation de ces ambitions.

Les contraintes des systèmes de gestion des déchets existants, étant soulignées actuellement, accentuent la pression exercée sur les gouvernements pour qu’ils accroissent la capacité des infrastructures de recyclage et des installations de traitement. Un bon côté à cette situation pourrait être de constater de réels progrès dans ce domaine grâce à des investissements qui contribueraient à bâtir une économie circulaire d’envergure plus mondiale. En plus des défis pratiques liés à l’approvisionnement en plastique recyclé, l’aspect économique est également devenu plus difficile.

Le prix du pétrole brut a chuté considérablement, de 40 % depuis le début de l’année. Cette situation est attribuable à une combinaison des facteurs suivants : différends entre les producteurs à l’échelle nationale, ralentissement économique, demande réduite et offre excédentaire. Étant donné que le plastique vierge (PET) est fabriqué à partir de pétrole, les prix des deux marchandises sont intrinsèquement liés.

Par conséquent, des pressions accrues s’exercent sur la viabilité financière de l’utilisation de matières recyclées; le PET recyclé était auparavant une option plus coûteuse pour les entreprises, et maintenant, pour certaines entreprises, l’utilisation de PET vierge demeure encore plus attrayante sur le plan des coûts. Dans la mesure du possible, nous encourageons les entreprises à continuer d’utiliser le PET recyclé.

Conclusion

Bien que la pandémie mondiale présente d’importants obstacles à l’élan qui était créé dans la lutte contre la pollution par le plastique, nous sommes optimistes pour l’avenir quant au fait que la combinaison de la demande des consommateurs et des engagements des entreprises favorisera l’innovation et le progrès. Nous sommes d’avis que même s’il pourrait y avoir des pauses et que les processus ont ralenti pendant cette période difficile, l’élan qui avait été pris auparavant sera retrouvé. Nous pourrions même voir cet événement servir de catalyseur à la découverte de solutions à plus grande échelle, avec une innovation accrue et à un rythme plus rapide, en particulier en ce qui a trait à la conception de produits et aux infrastructures de recyclage.

 

En partenariat avec BMO Global Asset Management

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